Léo Gausson (1860-1944)

La peinture sort du cadre

Embouchure de la Seine, soir, Honfleur (1886) / Huile sur toile (65 x 81)
Est une des premières toiles où Georges Seurat intervient sur le cadre.

1887, trois ans après les premières peintures exposés au dernier salon Impressionniste de 1884 «Une Baignade à Asnières » et la mise en place de la méthode Néo-impressionniste, Georges Seurat élargit son champ d’expérimentation et pose les bases d’une nouvelle interrogation : la problématique du cadre.

Non content de bouleverser les codes par sa méthode, il va bousculer notre regard en déplaçant celui-ci sur la bordure du tableau. Le rôle du cadre a toujours été d’isoler l’œuvre de son contexte, de sanctuariser/sacraliser l’œuvre. Objet de protection il est aussi objet de décoration voire signe de représentation sociale.

Pour Georges Seurat, faire advenir le cadre comme composant même du tableau, est un nouveau défi. Jouant de nouveau du paradoxe, il désigne le cadre et par ce geste en fait un objet intermédiaire. Frontière, limite, il établit que la présentation est un acte créateur. Le cadre devient ici le trait d’union qui affirme dans le même temps sa peinture et son espace ; réinventer le cadre au propre et au figuré.

La jonction avec le réel est convoqué, elle préfigure le ready-made Duchampien, elle préfigure aussi l’absence de cadre caractéristique de la modernité et des avants gardes. Fin de l’objet exposé et début du lieu d’exposition comme lieu de légitimation. Le lieu de la peinture n’est plus isolé dans un espace déterminé mais augmentée de l’espace.
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