Léo Gausson (1860-1944)
Etude en pointillée

La peinture comme expérimentation, tentative de la maitrise, affirmation du geste, économie, rigueur, neutralité. Seule l'empreinte du pinceau, inlassablement répétée, suffit à faire œuvre et à la démentir.

– Etude en pointillée – tableau non daté mais dont la datation laisse peu de doute… les années 1885/1890, quatre rectangles également répartis sur une grille tracée au crayon, encadrés par quatre petits carrés satellites -répétitif, sériel, organisé la peinture recouvre la surface et constitue un maillage en ilot. Tableau signe, tableau jalon, tableau manifeste. Que recherche le peintre ? Qu’en est-il de ce remplissage de l’espace ? Quelle méthode limite Léo Gausson cherche-t-il à mettre au point? Exercice ou démonstration ?

1885/1890, Léo Gausson est à la recherche de son style, baignant dans la mouvance Néo-impressionniste, il rencontre les différents protagonistes, Georges Seurat, Paul Signac, Camille Pissaro. A la façon Impressionniste couplé à des bases scientifiques cette génération aborde une nouvelle manière de peindre, elle fait de l’application de la touche un des principes cardinales de cette technique.

1888, «Le Talisman» de Paul Sérusier, l’époque est la même. Disciple de Gauguin, Paul Sérusier cherche et trouve. «Le Talisman» œuvre phare, synthétique, limite, à la bordure de l’abstraction, presque abstraite - surface, gestualité, concision et surtout une vision parfaitement intériorisée du paysage au point d’en former un signe. S’ouvre alors de nouvelles perspectives que les artistes du début du vingtième siècle exploiteront largement. C’est l’orientation que vont suivre Matisse, Delaunay, Kandinsky et tout l’art moderne pour aboutir finalement à l’abstraction lyrique des années cinquante. Le travaille se fait à la surface, par fluidité, expressivité, couleur, étalement, impression.

Mais qu’en est-il de Léo Gausson et de son étude ? Là, la vision est tout autre, la couleur est bannie, la répétition élevée au rang de principe, l’organisation des surfaces est pensées/orientées/systématiques. Le principe du remplissage comme économie et perte est affirmé, l’idée d’un temps orienté qui se dessine à la manière de Roman Opałka, On Kawara, Niele Toroni est signifié. Une véritable vision est ici à l’œuvre anticipant de cent ans les interrogations des artistes de la fin du vingtième siècle dégager des contraintes de la représentation, creusant les pistes resserrées des concepts – continuité – temporalité – organisation – spectateur – présentation – territoire.
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